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Regard d’étudiants – PDJ Moderniser la fonction finance

Aujourd’hui, la fonction finance est indispensable dans le fonctionnement des entreprises. Elle mesure les performances économiques, assure la sécurité financière, garantit la qualité des informations financières, etc. La thématique de ce petit déjeuner a été la modernisation de cette fonction et trois questions majeures ont été posées : Pourquoi cette modernisation est-elle un enjeu sur le long terme ? Comment réaliser cette modernisation ? Quelle est la fonction finance de demain ?

 

Quatre intervenants, venant d’univers professionnels différents, étaient présents :
– M. Wolfgang LE GOFF : Associé KPMG pour la partie consulting.
– M. David VUAILLAT : Director BI EPM in Technology Transformation – KPMG Advisory France.
– M. Christophe LANGLOIS : Directeur comptabilité pour le groupe ROULLIER.
– M. Marc Antoine CATHERINE : Co-fondateur de EP, dirigeant de IZIGLOO créée il y a 10 ans.

 

Pourquoi la modernisation de la fonction finance est-elle un enjeu sur le long terme ?

La modernisation affecte la structure même de l’entreprise, suppose de reprendre à la base les processus de la fonction finance et de redéfinir les informations que l’on souhaite intégrer dans le système d’information. Généralement, la fonction finance produit de l’information sur l’état de l’entreprise : Soldes Intermédiaires de Gestion, bilan, tendance, etc. Ce processus, chronophage, absorbe 90% du temps du service financier de l’entreprise et seulement 10% sont consacrés à l’analyse dans laquelle réside la valeur ajoutée de la fonction finance. Aujourd’hui, cette fonction se transforme et l’allocation du temps entre production et analyse de l’information doit s’inverser. La valeur ajoutée est augmentée, et de notre point de vue d’étudiants, c’est également bien plus motivant et valorisant pour les salariés impliqués dans la fonction.

Le Groupe ROULLIER, entreprise Bretonne née en 1959, résulte de la réunion au sein de l’entreprise de plusieurs métiers spécialisés, chacun utilisant ses propres processus pour remonter les données financières. La conséquence a été un manque de langage commun entre le service financier de la holding et les filiales, d’où l’ambition d’homogénéiser et de moderniser la fonction finance. L’objectif est la recherche d’un reporting efficace, la réduction du risque lié à la concentration des compétences financières sur quelques collaborateurs uniquement, ainsi que la sécurisation des données de l’entreprise au travers de l’hébergement extérieur des données. Cette modernisation impacte la structure de l’entreprise et l’engage pour 10 voire 15 ans.

Marc Antoine CATHERINE ajoute deux points clefs : la modernisation a un coût important et pesant sur plusieurs exercices comptables ; le rôle important d’un système de pilotage moderne comme moyen de capter et maintenir des collaborateurs de talent dans l’entreprise, qui préfèrent rejoindre des entreprises aux outils modernes leur permettant d’exercer leurs capacités d’analyse. Nous partageons fortement ce point de vue, et citons M. Catherine : “les jeunes n’ont pas envie de faire de la copie de donnée toute leurs journées”.

Comment réaliser la modernisation de la fonction finance ?

Aujourd’hui, les solutions Cloud ou SAS (Software As Service) sont les plus adaptées à la modernisation de la fonction finance. En effet, les entreprises ont des besoins très spécifiques comme : l’adaptabilité de l’outil, la volumétrie des données, la simplicité, le nombre d’utilisateurs, la sécurité, l’évolution technologique… Il existe de nombreux éditeurs et la plupart d’entre eux répondent à cette demande exigeante.
Les offres proposées par les éditeurs sont réputées pour être chères. Pour autant, il existe des solutions dites “catalogues” aux prix raisonnables. Elles sont alors standards, à l’opposé d’outils personnalisés sur cahier des charges de l’entreprise qui augmentent significativement le prix. Le prix varie en fonction de la taille de l’entreprise et du nombre de ses utilisateurs.

Dans le groupe ROULLIER, la solution choisie a été de prendre un outil simple, rapide et sécurisé avec une gestion interne pour ne pas perdre la maîtrise de « la donnée » mais surtout de pouvoir exporter les informations sur Excel. Cette gestion de la donnée a un coût caché car il faut installer et maintenir les serveurs. L’entreprise EP a préféré externaliser les données chez un hébergeur privé situé en Loire-Atlantique permettant de réduire ses coûts de structure.

Enfin, il est à noter que l’ensemble des solutions sont adaptées et distribuées par la plupart des éditeurs mais que la relation client-fournisseur a un rôle important dans l’aboutissement de ces outils. En tant qu’étudiant, nous connaissions la plupart des solutions mais nous avons été étonnés par le coût très élevé des prestations personnalisées alors que la plupart des éditeurs peuvent répondre à cette demande.

 

Quelle est la fonction finance de demain ?

Pour le groupe ROULLIER, une fonction finance modernisée devra d’abord assurer la sécurité de l’entreprise. Il s’agit de faire face aux obligations réglementaires et d’effectuer un reporting cohérent pour décider valablement. Il est également nécessaire de maîtriser la transformation digitale et de définir jusqu’à quel point il faut permettre de consulter, diffuser, partager de manière instantanée l’information, suivre des résultats quotidiens et harmoniser l’information.
Pour l’entreprise EP, les enjeux liés à la modernisation de la fonction finance sont, d’une part la capacité à encaisser et facturer ainsi que d’avoir une vision en temps réel de l’information partagée avec ses équipes, d’autre part la sécurité des données.

De notre point de vue d’étudiant, cette modernisation peut apporter une vraie valeur ajoutée à l’entreprise. Toutes les structures du groupe auront à leur disposition un logiciel identique leur permettant d’avoir les mêmes informations et ainsi éviter les informations discordantes.
De plus, nous pensons que cette modernisation pourrait s’appliquer dans les années à venir vers d’autres services comme la fiscalité par exemple afin d’harmoniser davantage l’échange d’information au sein d’une entreprise et ainsi aller vers une instantanéité totale de l’échange d’informations.
Nous pensons, comme M. Catherine, qu’une révision des principes de tarification est nécessaire. Aujourd’hui, l’entreprise paye pour l’outil et non pour l’utilisation qui en est faite. Cela peut être un frein pour les entreprises, car il peut représenter un coût très important, non proportionnel à son utilisation. Il semble que la tarification « à l’usage » soit un concept en expansion, plébiscité par les jeunes consommateurs, qui sont aussi des salariés et, parfois, des décideurs en entreprise. Compte tenu de la dématérialisation de la fonction finance, d’un éloignement des archivages de l’information et des centres de calcul (cloud et hébergeurs), il nous semble qu’une vigilance devra être accordée à la sécurité des informations, afin qu’elles ne soient pas utilisées contre l’entreprise ou ses clients (les cyberattaques par exemple).

La modernisation de la fonction finance nous semble déterminante et incontournable pour la pérennité de toute entreprise, et ce, quelle que soit sa taille. L’inaction en la matière nous semble présenter un risque pour l’entreprise. Cette innovation devrait lui permettre de trouver des pistes d’optimisation de la performance, ainsi que son suivi, puis de capter et fidéliser des collaborateurs talentueux. L’ouverture proposée par Wolfgang LE GOFF sur la robotisation de la fonction finance est pour nous très pertinente à la vue de l’effervescence autour du machine learning en informatique qui commence à s’implanter en entreprise.

 

Rédacteurs :

Corentin COUNQUET, Xavier MERLAUD, Guillaume TIRE
M2 Chargé d’affaires entreprises et gestion des risques
IAE Nantes – Economie & Management, Université de Nantes